A la tolérance, ils s’habitueront… (26/02/10)
Les nominations de personnalités de gauche à la Cour des comptes et au Conseil Constitutionnel ont encore soulevé pas mal de poussière, dans un pays où les différents camps sont habitués à être recroquevillés sur eux-mêmes.
Le Président de la République a en effet appelé cette semaine Didier Migaud et Michel Charasse à exercer deux des plus éminentes fonctions de la République française. Le premier sera Premier président de la Cour des comptes, et aura la lourde tâche de suivre à ce poste Philippe Seguin. Le second prendra place au sein du Conseil constitutionnel, ce comité des sages garant du respect de la Constitution. Les réactions qu’ont soulevées ces nominations ont été dans l’ensemble élogieuses. Mais certains n’ont pas pu s’empêcher d’y voir une manœuvre ou une anomalie politique. C’est une piètre vision des fondements de notre démocratie, et de ce que doit être notre vie politique.
Didier Migaud et Michel Charasse sont en effet deux serviteurs de l’Etat. Le premier a acquis, en plus de vingt ans de travail sur les bancs de l’Assemblée nationale, une expertise inégalée des finances publiques. C’est lui qui a fait de nos lois budgétaires ce qu’elles sont aujourd’hui. Est ce que cela fera gagner la moindre voix à gauche ? Non. Est-ce une manœuvre de faire de lui le premier magistrat financier du pays, le chef de la Cour qui contrôle notre budget ? Non, c’est la juste reconnaissance de ses talents. C’est l’assurance de l’indépendance de la Cour – mais qui en doutait depuis Philippe Seguin ? – et la preuve que Nicolas Sarkozy veut continuer à renforcer le rôle de ces juges, pour que nous dépensions mieux.
Le second a été ministre et conseiller de François Mitterrand, sénateur pendant plus de vingt-cinq ans. Il a participé à la préparation de plusieurs centaines de lois. Est-ce une manœuvre de vouloir qu’il contrôle, désormais, nos lois pour qu’elles respectent toujours les principes fondamentaux inscrits dans la Constitution ? Non, là encore, il ne doit cette nomination qu’à ses compétences. A ceux qui criaient au loup parce que ce Conseil constitutionnel, qui n’est pas une instance politique, ne comptait plus de personnalité de gauche, cette nomination rappelle que la République ne juge pas un homme à ses idées mais à ses talents.
Le Président de la République a choisi ces deux hommes parce que qu’ils le méritaient. Mais il a fait ce choix, aussi et peut-être surtout, parce qu’il correspond à sa philosophie. Cette conception de la France qui ne peut pas se passer de ses meilleurs serviteurs sous prétexte qu’ils ne votent pas pour lui. Cette conception qu’il avait déjà mise en pratique quand il a voulu qu’un membre de l’opposition, ce même Didier Migaud, préside la commission des finances de l’Assemblée nationale. Plus que de l’ouverture d’esprit, c’est un grand sens républicain qui a guidé ce double choix. En 2007, lors des premières nominations, certains, bousculés dans leurs habitudes, n’y voyaient qu’un coup politique. A force de voir depuis maintenant 3 ans Nicolas Sarkozy mettre les hommes et femmes qu’il juge compétents aux meilleurs postes, sans regarder leur origine politique, ils devraient enfin comprendre ce que l’ouverture a de salvateur pour notre démocratie.
Il ne s'agit pas de « débrancher » du PS telle ou telle personnalité, il ne s'agit pas non plus de gagner des voix à gauche, les électeurs sont plus subtils que cela. Il s'agit juste, quand quelqu’un est compétent, de ne pas s'arrêter à sa carte de parti. En somme, la République peut vivre au dessus des partis et des camps. C’est le même message qu'envoie le président quand il écoute les syndicats.
Espérons qu’à le regarder faire, ils s’habitueront à réfléchir autrement.
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