Pour un développement social durable (09/12/09)

Hier se tenait un colloque que j’ai souhaité organiser pour réflechir aux politiques sociales de l’après-crise. Je souhaite ici remercier tous ceux qui ont accepté d’y participer : Henri Guaino et Raymond Soubie, Xavier Bertrand, Xavier Darcos et tous les élus de la majorité et de l’opposition, les représentants des partenaires sociaux, les chefs d’entreprise, les économistes et sociologues.
Cette crise deux fois plus importante que le choc pétrolier de 1973 va transformer en profondeur notre société. La société de l’après-crise ne ressemblera pas, et ne doit pas ressembler, à celle de l’avant crise. Il faut réfléchir dès maintenant aux changements à venir alors que nous allons être confrontés à trois défis : comment répondre au besoin de social pour panser les blessures de la crise ? comment le faire en tenant compte des déficits ? comment concilier le social et l’économie, dans un contexte de concurrence internationale exacerbée ?
La première leçon que les politiques doivent s’appliquer concerne la gouvernance du social. Le pouvoir politique a encore du mal à admettre que les avancées ne passent pas forcément par la loi et par l’Etat. Attention, je crois à la nécessité d’un Etat garant de l’intérêt général. Mais je crois aussi que l’on doit accepter un dialogue beaucoup plus étroit avec les partenaires sociaux. Et de fait, bien des avancées dans la crise ont été réalisées par les partenaires sociaux : fonds d’investissement social, formation professionnelle, assurance chômage, activité partielle, contrat de transition professionnelle, pacte automobile. De ce point de vue, la coproduction législative me semble déjà dépassée, d’abord parce que la question n’est pas seulement le tête-à-tête Gouvernement-Parlement, ensuite parce que la loi n’est pas, loin s’en faut, le seul moyen d’action. Le rôle du médiateur du crédit, la mobilisation menée par Henri Proglio en faveur de l’apprentissage, les actions engagées avec Yazid Sabeg pour le CV anonyme ont souvent fait beaucoup plus que toutes les lois. Je crois plus à ces formes de multi-production directement sur le terrain qu’à la coproduction législative.
Le deuxième enseignement que nous pouvons tirer de cette crise concerne les priorités de nos politiques sociales. De mon point de vue, il y en a 4 :
1. s’intéresser de nouveau aux classes moyennes. Depuis près de deux décennies, l’ascenseur social est bloqué pour elles, et la crise n’a pas amélioré leur situation. Les classes moyennes ne sont pas un gros mot dont les politiques devraient avoir peur. Reconnaissons leurs difficultés.
2. la personnalisation des dispositifs. Chacun aujourd’hui demande à être considéré dans sa singularité, sa différence, et non comme un numéro dans une file d’attente. Or, nos dispositifs hérités de l’après-guerre fonctionnent principalement sur des systèmes administratifs lourds, très encadrés, incapables d’adaptation ou de souplesse. C’est cette dimension du sur-mesure dans le social que nous devons faire monter en puissance.
3. Troisième axe fort : il faut passer du social passif au social actif. Verser une prestation, un chèque, ne suffit pas. La question de l’accompagnement est largement aussi importante que celle de l’indemnisation. Car les Français n’attendent pas un chèque, mais un projet. Ainsi dans le RSA, le point intéressant est bien le retour au travail qu’il favorise. De façon plus large, on doit bien se dire qu’il n’y a pas de droits sans contrepartie. Le social doit responsabiliser.
4. Enfin, la politique d’évaluation et la culture du résultat. En période de déficit public important, nous devons être irréprochables dans l’évaluation de tous les secteurs de la politique sociale. Les questions de performance ne peuvent pas être étrangères au social. Si l’on veut que nos compatriotes continuent à accepter de financer les coûts sociaux extrêmement importants, on doit pouvoir leur rendre des comptes sur leur impact.
Je suis ainsi convaincu que la crise a renforcé le besoin de social, mais pas n’importe quel social. Rien ne serait pire que le retour au politiquement social correct au nom duquel bien des erreurs ont été commises par le passé. De ce point de vue, je pense qu’il faut revendiquer un droit d’inventaire social, évaluer nos dispositifs, réfléchir sur leur sens et leur actualité.
Au moment où l’on parle beaucoup de développement durable à Copenhague, il est évident qu’il n’y a pas de développement durable sans social et que le défi de la société d’après-crise sera l’élaboration d’un modèle de développement social durable.
Commentaire(s) : Cet article a été consulté 1481 fois
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31/01/2010 11:06RICHARD Guillaume
J'ai eu la chance d'assister aux débats. j'en retiens plusieurs choses, dont :
comme dans beaucoup de domaines, dans le social, l'égalitarisme n'est pas l'égalité. Donner un même montant de RSA à un jeune homme de 26 ans habitant Paris et à une femme senior de 55 ans habitant en campagne, c'est faire de l'égalitarisme. mais c'est faire fi des différences de coût de la vie Paris-Province, de capacité à retrouver un emploi, de besoin d'accompagnement, ...
L'égalité passe par l'individualisation du traitement et l'accompagnement.
de même, l'indemnisation chômage devrait fortement s'accompagner d'efforts (formations, actualisation des compétences, ...) pour accroître son "employabilité" : si je suis au chômage, j'ai le droit à une indemnisation et à l'aide de mes concitoyens et de l'Etat, mais en contrepartie j'ai le devoir de tout faire pour retrouver un emploi ; cela passe par l'accroissement de mes compétences. transformer cette contrainte du chômage en opportunité pour se former, compléter ses connaissances et compétences (plutôt que regarder la télévision ou devenir un as des jeux vidéos,...).
Dernier point : passer à une culture du résultat et de l'évaluation ; que rapportent les incitations fiscales et sociales ? que coûte chaque emploi aidé ? quel choix de société devont nous faire ? Sommes nous pour un système qui exclue les plus faibles, les moins qualifiés et leur verse des minimas sociaux ? ou préférons-nous une société qui permette à chacun d'avoir un emploi et des perspectives (quite à ce que ces emplois soient fortement aidés) ? Dans ce cas, quels sont les emplois que nous pourrons proposer demain aux moins qualifiés d'entre nous, sachant qu'il n'y a plus de débouchés peu qualifiés dans l'Agriculture, dans l'Industrie et de moins en moins dans les Services (par exemple, les emplois de caissières vont progressivement être supprimés dans la grande distribution).
Beaucoup de questions et quelques pistes de réflexion intéressantes pour dessiner un projet de société, à la fois social car empreint de solidarité, mais également de droite car pleinement responsable.
17/01/2010 20:14EYRAUD Claudette
En effet l'accompagnement social est primordial. Et de petites initiatives comme la création d'aide aux peronnes en difficulité serait très utile dans certains secteurs comme l'accompagnement aux demandeurs d'emploi.
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